Par métier — alimentation infantile

Aliments pour bébés et préparations infantiles : composition, contaminants, Cronobacter, étiquetage et publicité — le guide de conformité

L’alimentation des nourrissons et des enfants en bas âge est la catégorie la plus réglementée du droit alimentaire : composition imposée, contaminants à des seuils dix à cent fois plus bas, critères microbiologiques spécifiques, notification préalable, étiquetage et publicité encadrés. Ce guide s’adresse aux fabricants, mais aussi aux artisans et aux marques qui découvrent, souvent trop tard, qu’un « petit pot maison » n’est pas une purée ordinaire.

Publié le 20 septembre 2026Mis à jour le 21 septembre 2026Vérifié le 21 septembre 202612 minutes de lectureFabricants de préparations infantiles, de céréales et de petits pots, marques et façonniers, artisans proposant des aliments pour bébés, importateurs, distributeurs
Petits pots de purée pour bébé
Un aliment destiné à un enfant de moins de trois ans obéit à des seuils de pesticides et de contaminants que la plupart des matières premières courantes ne respectent pas. Photo Unsplash.

Le règlement (UE) n° 609/2013 sur les « denrées alimentaires destinées à des groupes spécifiques » encadre quatre catégories : les préparations pour nourrissons (0 à 6 mois), les préparations de suite (à partir de 6 mois), les préparations à base de céréales et les aliments pour bébés (diversification, jusqu’à 3 ans), et les denrées destinées à des fins médicales spéciales. Il est complété par le règlement délégué (UE) 2016/127 (préparations pour nourrissons et de suite), le règlement délégué (UE) 2016/128 (fins médicales spéciales) et, pour les céréales et aliments pour bébés, par la directive 2006/125/CE toujours applicable. S’y ajoutent les seuils spécifiques du règlement (UE) 2023/915 (contaminants), du règlement (CE) n° 396/2005 (pesticides), du règlement (CE) n° 2073/2005 (microbiologie) et du règlement (UE) 2017/2158 (acrylamide), et en France l’encadrement de la publicité des préparations pour nourrissons (code de la santé publique).

Qui est concerné, et à partir de quand

Dès qu’un produit est présenté comme convenant aux nourrissons (moins de 12 mois) ou aux enfants en bas âge (1 à 3 ans) — par sa dénomination, son étiquetage, son emballage, sa gamme ou son emplacement en rayon —, il entre dans le champ du règlement 609/2013. Un fabricant de purées en bocaux qui écrit « dès 6 mois », une biscuiterie qui lance des « biscuits bébé », un artisan qui propose des « petits pots maison » ne font pas de la purée, du biscuit ou du petit plat : ils font des aliments pour bébés, avec tout ce qui suit. À l’inverse, un produit familial sans allusion à l’âge reste soumis au droit général, même si des parents le donnent à leurs enfants.

Composition imposée

CatégorieTexteExigences principales
Préparations pour nourrissons et de suiteRèglement délégué 2016/127Sources protéiques autorisées (lait de vache ou de chèvre, soja, hydrolysats), fourchettes obligatoires pour l’énergie, les protéines, les lipides (DHA obligatoire), les glucides, chaque vitamine et minéral ; substances interdites ; pureté des ingrédients ; notification de chaque préparation pour nourrissons à la DGCCRF avant mise sur le marché, avec le modèle d’étiquetage
Préparations à base de céréales (bouillies, biscuits, pâtes)Directive 2006/125/CETeneur minimale en céréales, plafonds de lipides, de sodium, de sucres ajoutés selon le type ; vitamines et minéraux dans des limites ; fer et vitamine B1 imposés pour certaines catégories
Aliments pour bébés (petits pots, purées, desserts, jus)Directive 2006/125/CETeneurs minimales en protéines pour les plats à base de viande ou de poisson, plafonds de sodium (200 mg/100 g en général), de lipides, de sucres ajoutés dans les jus et desserts ; liste fermée d’additifs
Fins médicales spéciales (nourrissons)Règlement délégué 2016/128Composition adaptée à la pathologie, sous contrôle médical, notification à la DGCCRF

Le miel est exclu avant un an (botulisme infantile) ; les édulcorants, la plupart des additifs, les arômes autres que quelques-uns (vanille, extraits de fruits) sont interdits. Un fabricant qui « adapte » une recette adulte en réduisant le sel ne satisfait pas ces exigences : elles se vérifient nutriment par nutriment, sur bulletin d’analyse.

Contaminants et pesticides : les seuils qui changent tout

  • Pesticides : limite maximale générale de 0,01 mg/kg pour toute substance dans les aliments pour bébés et les préparations infantiles (règlement 396/2005 et directive 2006/125/CE), avec des substances interdites d’emploi sur les matières premières destinées à ces produits. C’est le seuil qui impose une filière d’approvisionnement dédiée : les fruits, légumes et céréales standards, même conformes aux LMR habituelles, ne le respectent pas de façon fiable.
  • Nitrates : 200 mg/kg dans les aliments pour bébés (règlement 2023/915) — la carotte, l’épinard, la betterave, la courgette sont les matières à risque ; les cahiers des charges agricoles et les analyses par lot sont la seule maîtrise.
  • Mycotoxines : aflatoxines B1 (0,10 µg/kg), ochratoxine A, déoxynivalénol, zéaralénone, fumonisines, patuline (10 µg/kg dans les jus et purées de pomme pour bébés) : seuils spécifiques, très inférieurs aux seuils généraux.
  • Métaux lourds : plomb (0,020 mg/kg dans les préparations infantiles liquides, 0,050 mg/kg en poudre), cadmium, arsenic inorganique dans le riz destiné aux aliments pour bébés (0,10 mg/kg), mercure dans les poissons ; les céréales de riz pour bébés sont le point de vigilance des campagnes de contrôle.
  • Acrylamide : teneur de référence de 40 µg/kg pour les aliments pour bébés et les céréales pour nourrissons, 150 µg/kg pour les biscuits et biscottes pour bébés (règlement 2017/2158), avec mesures d’atténuation documentées.
  • 3-MCPD et esters de glycidol dans les huiles des préparations infantiles : seuils spécifiques, à exiger du fournisseur d’huile.
  • Matériaux au contact : bisphénol A interdit dans les contenants destinés aux enfants de moins de trois ans, migration des emballages, tétines et biberons sous normes. Voir matériaux au contact des aliments.

Microbiologie : Cronobacter, Salmonella, Bacillus cereus

  1. Cronobacter sakazakii

    Absence dans 10 g sur 30 échantillons pour les préparations en poudre pour nourrissons et les aliments diététiques en poudre destinés à des fins médicales spéciales pour nourrissons de moins de 6 mois (règlement 2073/2005, critère 1.24). L’infection est rare mais souvent mortelle chez le nouveau-né ; la maîtrise passe par la zone sèche, l’hygiène des tours de séchage et des lignes de conditionnement, et le contrôle des entérobactéries comme indicateur (critère 2.2.9).

  2. Salmonella

    Absence dans 25 g sur 30 échantillons pour les préparations en poudre (critères 1.22 et 1.23) ; absence dans 25 g pour les aliments pour bébés. Le rappel international de 2022 de préparations infantiles a rappelé que la poudre est un milieu où Salmonella survit des mois.

  3. Bacillus cereus présomptif

    Critère d’hygiène du procédé dans les préparations en poudre (critère 2.2.11 : m = 50, M = 500 UFC/g).

  4. Petits pots et plats stérilisés

    Barème de stérilisation validé (valeur stérilisatrice), contrôle de l’étanchéité et du vide, incubation d’un échantillonnage ; les produits réfrigérés (purées fraîches) exigent une DLC validée par challenge test pour Listeria et une chaîne du froid irréprochable — la fraîcheur est un argument commercial, pas un allègement réglementaire.

Le plan d’analyses, pour cette filière, ne se dimensionne pas « à proportion » comme ailleurs : il suit les plans d’échantillonnage du règlement 2073/2005 et s’appuie sur des laboratoires accrédités. Voir plan d’analyses microbiologiques.

Étiquetage et publicité

  • Mentions obligatoires spécifiques : l’âge à partir duquel le produit convient (jamais avant 4 mois pour les aliments de diversification ; « dès 6 mois » est la mention recommandée), l’indication de la présence ou de l’absence de gluten pour les produits présentés avant 6 mois, la déclaration nutritionnelle complète dans un format propre à la catégorie, les instructions de préparation et de conservation, et pour les préparations pour nourrissons la mention relative à la supériorité de l’allaitement maternel et la recommandation de n’utiliser le produit que sur avis médical.
  • Interdits : images idéalisant l’usage des préparations pour nourrissons (bébés, mères, biberons dans un contexte valorisant), allégations nutritionnelles et de santé sur les préparations pour nourrissons (sauf quelques mentions autorisées), mentions « comme le lait maternel » ou « humanisé ». Les préparations pour nourrissons et de suite doivent être clairement distinguables l’une de l’autre par l’étiquetage.
  • Publicité en France : la publicité pour les préparations pour nourrissons est réservée à la presse professionnelle de santé ; pas d’échantillons gratuits, de bons de réduction, de promotions en magasin ni de vente couplée sur ces produits (code de la santé publique). Les préparations de suite et les aliments de diversification peuvent être promus, dans les limites du règlement 1924/2006 et sans confusion avec les préparations pour nourrissons.
  • Nutri-Score : non applicable aux denrées relevant du règlement 609/2013.
  • Allergènes : mise en évidence habituelle ; l’introduction précoce des allergènes étant désormais recommandée, la mention « peut contenir » demande une vraie évaluation, pas une précaution automatique. Voir l’article sur les allergènes.

Maîtrise sanitaire et chaîne d’approvisionnement

Le PMS d’un fabricant d’aliments infantiles est celui d’une usine à haut niveau d’exigence : zones hygiéniques classées, environnement surveillé (Cronobacter, Salmonella, Listeria), matières premières sous cahiers des charges renforcés (pesticides, nitrates, mycotoxines, métaux) avec analyses par lot ou par fournisseur, validation des barèmes thermiques, traçabilité unitaire, procédure de rappel testée. Les référentiels de certification (IFS, BRCGS, FSSC 22000) sont en pratique exigés par la distribution ; voir quel référentiel choisir. Le distributeur et l’importateur répondent eux aussi de ces produits : un importateur de préparations infantiles hors Union doit s’assurer de la notification, de la composition et de l’étiquetage en français — voir importer des denrées alimentaires.

Ce que contrôlent les autorités

La DGCCRF conduit des plans de contrôle annuels sur cette catégorie : composition (analyses nutritionnelles), contaminants (nitrates, mycotoxines, métaux, pesticides, acrylamide), étiquetage et publicité, notification des préparations pour nourrissons ; les taux de non-conformité sont publiés. La DDPP contrôle l’hygiène des sites. Les rappels de la catégorie sont suivis de près et médiatisés ; la page des rappels les reprend avec la conduite à tenir. Le déroulé d’un contrôle est décrit dans l’article sur l’inspection.

Les cinq écarts les plus relevés

  • Produit présenté « dès 6 mois » fabriqué avec des matières premières standards, sans maîtrise des pesticides et des nitrates.
  • Composition hors fourchettes (sodium, sucres, protéines) faute d’analyses.
  • Préparation pour nourrissons non notifiée ou promue en dehors des règles.
  • Mentions d’âge, de gluten ou d’allaitement absentes ou incorrectes.
  • Plan d’échantillonnage microbiologique non conforme aux critères de la catégorie.

Références

  1. Règlement (UE) n° 609/2013 ; règlement délégué (UE) 2016/127 ; règlement délégué (UE) 2016/128 ; directive 2006/125/CE.
  2. Règlement (UE) 2023/915 (contaminants, seuils spécifiques aux aliments pour nourrissons) ; règlement (CE) n° 396/2005 (pesticides) ; règlement (UE) 2017/2158 (acrylamide).
  3. Règlement (CE) n° 2073/2005, critères 1.22 à 1.24, 2.2.9 et 2.2.11.
  4. Règlement (UE) n° 1169/2011 ; règlement (CE) n° 1924/2006 ; code de la santé publique (publicité des préparations pour nourrissons) ; règlement (UE) 2018/213 (bisphénol A).
  5. Plans de contrôle et enquêtes de la DGCCRF sur les denrées destinées aux nourrissons et enfants en bas âge.
agroconformité, « Aliments pour bébés et préparations infantiles : composition, contaminants, Cronobacter, étiquetage et publicité — le guide de conformité », agroconformite.fr, https://agroconformite.fr/aliments-pour-bebes-preparations-infantiles-guide-conformite/, consulté le 6 octobre 2026.
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