Allergènes — article de fond

Allergènes : les quatorze substances, la mise en évidence, et la question mal traitée de la contamination croisée

Pour une partie de vos clients, un allergène non déclaré n’est pas une non-conformité administrative : c’est un risque vital. La réglementation est précise sur ce qui doit être déclaré et comment. Elle l’est beaucoup moins sur les mentions « traces » — et c’est là que les pratiques dérivent.

Publié le 10 septembre 2026Mis à jour le 21 septembre 2026Vérifié le 21 septembre 202611 minutes de lecture
Vue rapprochée d'un mélange de fruits secs et de fruits à coque
Fruits à coque, graines, fruits secs : des ingrédients à forte densité allergénique, souvent manipulés sur des postes partagés. Photo Unsplash.

Les allergènes sont la première cause de rappels pour défaut d’étiquetage en Europe, loin devant les autres motifs. Dans la quasi-totalité des cas, l’allergène était bien présent dans la recette : c’est l’étiquette, ou le procédé, qui a failli.

Les quatorze substances à déclaration obligatoire

L’annexe II du règlement (UE) n° 1169/2011 fixe la liste des substances ou produits provoquant des allergies ou intolérances dont la déclaration est obligatoire dès lors qu’ils sont utilisés dans la fabrication, y compris sous forme modifiée, et encore présents dans le produit fini.

SubstancePrécisions et exceptions notables
Céréales contenant du glutenBlé (épeautre, kamut), seigle, orge, avoine, et leurs souches hybridées. Exceptions : sirops de glucose à base de blé, maltodextrines à base de blé, sirops de glucose à base d’orge, céréales utilisées pour les distillats.
CrustacésEt produits à base de crustacés.
ŒufsEt produits à base d’œufs.
PoissonsExceptions : gélatine de poisson utilisée comme support de vitamines ou d’arômes, gélatine ou ichtyocolle de clarification.
ArachidesEt produits à base d’arachides.
SojaExceptions : huile et graisse de soja entièrement raffinées, tocophérols mixtes naturels, phytostérols et esters dérivés.
LaitY compris le lactose. Exceptions : lactosérum utilisé pour les distillats, lactitol.
Fruits à coqueAmandes, noisettes, noix, noix de cajou, noix de pécan, noix du Brésil, noix de macadamia (ou du Queensland), pistaches. Exception : fruits à coque utilisés pour les distillats.
CéleriEt produits à base de céleri.
MoutardeEt produits à base de moutarde.
Graines de sésameEt produits à base de graines de sésame.
Anhydride sulfureux et sulfitesÀ des concentrations supérieures à 10 mg/kg ou 10 mg/l en SO₂ total, pour le produit tel que consommé.
LupinEt produits à base de lupin.
MollusquesEt produits à base de mollusques.

La mise en évidence sur l’étiquette

L’article 21 du règlement exige que l’allergène figure dans la liste des ingrédients, sous la dénomination de la substance de l’annexe II, et qu’il soit mis en évidence par une impression qui le distingue clairement du reste de la liste : gras, italique, soulignement, couleur, ou combinaison. Deux règles pratiques en découlent.

  • C’est le nom de la substance qui est mis en évidence, pas l’ingrédient qui la contient : « farine de blé », « lait écrémé en poudre », « lécithine de soja ».
  • Un allergène présent dans la liste mais non différencié typographiquement constitue une non-conformité, même si l’ingrédient est correctement nommé.

En l’absence de liste d’ingrédients — cas des denrées à ingrédient unique, par exemple — la mention « contient : » suivie de l’allergène est obligatoire, sauf lorsque la dénomination de la denrée fait clairement référence à la substance : « fromage », « beurre » ou « crème » n’appellent pas de mention « contient : lait ».

Vente non préemballée et restauration

L’obligation d’information sur les allergènes ne disparaît pas avec l’emballage. L’article 44 du règlement l’étend aux denrées non préemballées, et le décret n° 2015-447 précise, pour la France, que l’information doit être écrite, de façon visible et sans que le consommateur ait à en faire la demande. En restauration, un document tenu à disposition satisfait à l’obligation, à condition qu’une indication signale au consommateur son existence et où le trouver.

Concrètement : une affichette près de la vitrine, un classeur au comptoir, une ardoise, une mention sur la carte. Ce support doit être tenu à jour à chaque changement de recette ou de fournisseur — un fournisseur qui remplace une huile de tournesol par une huile de soja non raffinée fait apparaître un allergène sans que la recette ait changé de votre côté.

Contamination croisée : la mention « traces » n’est pas une déclaration

La réglementation européenne organise la déclaration des allergènes utilisés comme ingrédients. Elle ne dit rien, ou presque, de la présence fortuite d’un allergène qui n’entre pas dans la recette mais que le procédé ne permet pas d’exclure. Les mentions « peut contenir des traces de » ou « fabriqué dans un atelier qui utilise » relèvent donc d’une démarche volontaire de l’exploitant — ce que l’on appelle l’étiquetage de précaution.

Trois conséquences pratiques :

  1. Une mention de précaution ne peut se substituer à la déclaration d’un allergène réellement présent comme ingrédient.
  2. Elle doit découler d’une analyse de risque documentée : postes partagés, ustensiles non dédiés, ordonnancement des productions, poudres en suspension (farines, poudre de lait, fruits à coque broyés), nettoyage entre séries. Une mention apposée systématiquement « par précaution », sans analyse, dégrade l’information : le consommateur allergique finit par ne plus en tenir compte, et l’exploitant ne peut pas justifier sa mention en contrôle.
  3. À l’inverse, l’absence de mention là où le risque de contamination croisée est réel et non maîtrisé engage la responsabilité de l’exploitant au titre de l’obligation générale de sécurité.

Une référence utile

Le Code d’usages du Codex Alimentarius sur la gestion des allergènes alimentaires pour les exploitants du secteur alimentaire (CXC 80-2020) décrit, poste par poste, les mesures de maîtrise attendues et la logique de décision pour l’étiquetage de précaution. Il n’a pas de valeur contraignante en droit de l’Union, mais il constitue la référence la plus souvent citée par les auditeurs.

Maîtriser les allergènes en atelier

La maîtrise commence en amont de l’étiquette. Les points qui structurent un plan de gestion des allergènes, quelle que soit la taille de l’établissement :

  • Matières premières — exiger de chaque fournisseur une fiche technique à jour mentionnant les allergènes présents et les allergènes en contamination croisée possible ; la revoir à chaque changement de référence.
  • Formulation — tenir un tableau recettes / allergènes, mis à jour avant toute modification de recette, et rapproché de l’étiquette avant impression.
  • Stockage — séparer physiquement les matières allergènes, ou au minimum les stocker en dessous des matières non allergènes ; contenants fermés et identifiés.
  • Ordonnancement — produire les recettes sans allergène avant celles qui en contiennent ; à défaut, nettoyage validé entre séries.
  • Nettoyage — procédures validées pour les allergènes présents, avec contrôle visuel documenté et, pour les sites qui le peuvent, contrôles par kits de détection.
  • Personnel — formation initiale et rappels ; consignes sur les tenues, les ustensiles dédiés, le comportement en cas de renversement.
  • Étiquetage — validation de chaque étiquette par rapprochement avec le tableau recettes / allergènes, par une personne différente de celle qui l’a conçue.

Ce que regarde le contrôle

Lors d’une inspection, l’agent croise trois documents : les fiches techniques des matières premières, les fiches de fabrication ou recettes, et les étiquettes des produits finis. Tout écart entre les trois est relevé. Il vérifie ensuite le support d’information en vente non préemballée, puis, si l’établissement utilise des mentions de précaution, la justification de ces mentions dans l’analyse des dangers.

À retenir

  • Quatorze substances, déclarées sous leur nom d’annexe II, mises en évidence typographiquement.
  • En vrac et en restauration : information écrite, visible, sans demande du client.
  • « Traces » n’est pas une déclaration : c’est une mention volontaire, qui se justifie par une analyse de risque.
  • La maîtrise se joue sur les fiches fournisseurs, l’ordonnancement, le nettoyage et la validation croisée des étiquettes.

Références

  1. Règlement (UE) n° 1169/2011, art. 9 § 1 c), art. 21, art. 44, annexe II.
  2. Décret n° 2015-447 du 17 avril 2015 relatif à l’information des consommateurs sur les allergènes et les denrées non préemballées.
  3. Codex Alimentarius, Code d’usages sur la gestion des allergènes alimentaires pour les exploitants du secteur alimentaire, CXC 80-2020.
  4. Règlement (CE) n° 178/2002, art. 14 (denrées dangereuses) et art. 17 (responsabilités des exploitants).
agroconformité, « Allergènes : les quatorze substances, la mise en évidence, et la question mal traitée de la contamination croisée », agroconformite.fr, https://agroconformite.fr/allergenes-obligations-artisans/, consulté le 6 octobre 2026.
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